Stripe Paintings

Øystein Aasan, Jean Baptiste Maitre
La Salle de Bains, Lyon
2012

This exhibition has been supported by the Norway Ambassy and the Office for Contemporary Art Norway, Courtesy of the artists, photo © Aurélie Leplatre




Lors de la première rétrospective de Frank Stella au MoMA en 1970, William Rubin qualifie les toiles de l’artiste américain de Stripe Paintings. Il ajoute que l’ensemble des différentes séries de peintures à bandes présentées pourrait être considéré comme l’extension d’un seul et même concept pictural, en dépit de toutes leurs différences (1). L’exposition emprunte son titre à l’appellation de Rubin et propose d’analyser sous forme de projection, de conférence et de lecture, l’héritage visuel de Frank Stella dans les oeuvres de Jean-Baptiste Maitre et d’Øystein Aasan.

Jean-Baptiste Maitre met en place plusieurs stratégies afin d’observer la manière dont les formes se transforment lorsqu’elles sont réexposées ou communiquées par le biais de médiums différents. En 2010, il réalise Shaped Cinema, un film 35 mm prenant pour point de départ la volonté de re-monstration de la monographie éditée à l’occasion de cette même rétrospective (Frank Stella, MoMA, 1970). Pour cela, il applique d’abord sur l’intégralité des pages du catalogue des pellicules 35 mm vierges qu’il scanne ensuite afin de reproduire les illustrations et les textes sur le film. Ce qui l’intéresse ici est l’action de conserver la logique processuelle du film analogique tout en procédant à la numérisation des images. Il effectue enfin le montage en commençant par la première image, en haut à gauche, jusqu’à la dernière, en bas à droite. Jean-Baptiste Maitre reprend le motif signature de Stella en apposant sur cette première monographie une nouvelle temporalité basée sur un découpage par bandes. À travers une succession d’images vacillantes, Shaped Cinema propose une déconstruction et une réévaluation des Stripe Paintings et du discours critique de William Rubin. Tout comme Frank Stella dont les témoignage d’affection à la forme sont nombreux, Øystein Aasan développe un attachement particulier pour le façonnage de ses toiles qui se manifeste notamment par le questionnement des diverses modalités d’accrochage. (2) Depuis 2005, l’artiste poursuit une série intitulée Display Units, sous cette dénomination il déploie une nouvelle possibilité de présentation de la peinture. Ses toiles majoritairement recouvertes de quadrillages et de bandes sont disposées sur une grille en bois s’apparentant à un deuxième châssis, le support devient ainsi matière à redimensionner et repenser les bords de la peinture. Ces unités d’accrochage introduisant des images dans l’image provoquent une redéfinition de la notion de point de vue. Présentées directement aux murs lors de l’exposition à La Salle de bains, la peinture à bandes d’Aasan reste l’outil parfait pour installer une tension optique immédiate venant interroger avec pertinence cet héritage. Le soir du vernissage, Øystein Aasan viendra personnellement apporter son témoignage sur la relation particulière qu’il entretient avec Stella par la lecture de son texte Stockbroker qui examine la posture du peintre minimaliste à travers le récit et l’analyse de ces portraits officiels.



1. William Rubin est à l’initiative de cette première rétrospective en tant que conservateur en chef du département peinture et sculpture au MoMA. « Les douze années de son travail exposées dans la rétrospective de 1970 du MoMA, ont démontré une richesse d’idées et une volonté de prendre des risques inégalée par rapport à n’importe quel autre peintre pendant la précédente décennie. Sans aucun doute, les oeuvres de Stella d’avant 1970, les différentes séries de Stripe Paintings peuvent être considérées comme l’extension d’un seul et même concept pictural, en dépit de toutes leurs différences. » William Rubin, Frank Stella, 1970-1987, New York, MoMA, 1987, p.12.

2. « Je me sens impliqué avec ces formes. Elles signifient quelque chose pour moi. J’aime les formes en tant que telles et pour moi elles ont une identité et une valeur intrinsèque. Je les aime comme quelqu’un pourrait aimer la cheville de sa petite amie. Je les distingue des autres formes dans les reliefs, elles ont quelque chose de plus pour moi. » Frank Stella, Catalogue Frank Stella, 1970-1987, New York, MoMA,
1987, p.117.

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At the time of the first Frank Stella retrospective at the MoMA in 1970, William Rubin coined the phrase “Stripe Paintings” to describe the works of the American artist. He added that the different series of Stripe Paintings presented altogether “could be considered as extensions of a single pictorial concept, despite all their differences”. (1) The exhibition title borrows Rubin’s expression and offers an analysis of Frank Stella’s visual legacy in works by Jean Baptiste Maitre and Øystein Aasan in the form of a projection, a conference and a lecture.

Jean Baptiste Maitre sets different strategies in order to observe how shapes evolve when they are exhibited anew or when they come out through various media. In 2010, he directed Shaped Cinema, a 35 mm film inspired by his will to exhibit again the monograph published on the occasion of the same retrospective (Frank Stella, MoMA, 1970). To that aim, he first applied unused 35 mm film on each page of the catalogue, which he then scanned in order to reproduce the illustrations and texts on film. What interested him here was the act of keeping the procedural logic of analog film while digitizing the images. In the end, he carried out the editing by starting with the first image on the top left-hand corner and going all the way down to the last one on the bottom right-hand corner. Jean Baptiste Maitre takes up Stella’s feature pattern by applying to this first monograph a new temporality based on the idea of a stripe-by-stripe cutting out. Through a succession of flickering images, Shaped Cinema offers a deconstruction and a re-evaluation of the Stripe Paintings and of William Rubin’s critical discourse. Very much like Frank Stella, who stated his love of form on many occasions 2, Øystein Aasan develops a particular attachment to the shaping of his paintings. This most noticeably shows through the questioning of the various modalities of hanging. Since 2005, the artist has been completing a series called Display Units. Under this name, he exhibits a new possibility for the presentation of paintings. His works, in most cases covered with grid patterns and stripes, are displayed on a wooden lattice that looks like a second frame. The support thus becomes a resource to resize and rethink the outline of the painting. These hanging up units introduce images into the image and trigger off a redefinition of the notion of point of view. Displayed directly on the walls in the exhibition at La Salle de bains, Aasan’s stripe painting remains the perfect tool to create an immediate optical tension that pertinently questions this legacy. On the opening night, Øystein Aasan will give a personal testimony of his particular relationship to Stella by reading the text Stockbroker, which examines the position of the minimalist painter through the story and analysis of his official portraits.

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1. William Rubin sparked off this first retrospective as the chief curator of the MoMA’s department of painting and sculpture. « The twelve years of his work shown in MOMA retrospective of 1970 demonstrated a richness of ideas and a willingness to take risks unmatched by any other painter during the preceding decade. To be sure, among Stella’s pre-1970 works, the various series of Stripe Paintings could be considered as extensions of a single pictorial concept, despite all their differences. » William Rubin, Frank Stella, 1970-1987, New York, MoMA, 1987, p.12.

2. «I feel involved with these shapes.They mean something to me. I love the shapes as shapes and, for me, they have an intrinsic identity and value. I like them the way someone might like his girlfriend’s ankle. I distinguish them from other forms in the reliefs; they have something more for me». Frank Stella, Frank Stella, 1970-1987, New York, MoMA, 1987, p.117.

Translated by Gwenaëlle Buchet