Replay !
Exo Exo, Paris (Biennale de Belleville)

Tel pourrait être le mot d’ordre des trois propositions développées à Exo pendant la Biennale de Belleville. En rejouant l’exposition selon divers procédés de délocalisation, chacune d’entre elles suggère une réponse personnelle à la thématique de cette nouvelle édition : La piste des Apaches ou la marche comme expérience urbaine artistique et esthétique. Lors du premier opus intitulé What’s on ur mind, les auteurs placent leur interrogation dans la lignée du maître conceptuel Lawrence Weiner. Il sera donc évidemment question de réception, mais pas seulement puisqu’ils ajoutent une quatrième condition au statement d’origine1 en déléguant la réalisation de l’oeuvre à un tiers. À ce titre, Benoit Ménard et Tristan Léonard ont invité des artistes à leur faire parvenir, au travers de conversations épistolaires, les instructions nécessaires à la production de leurs pièces. Ces informations opérationnelles, véritables processus contextuels, sont ensuite mises en application de façon à donner forme à l’exposition, une initiative héritée mais toutefois nettement différente du projet Do It : The Compendium2 car elle analyse davantage les modes de communication, d’interprétation visuelle, l’absence de maîtrise lors de la réalisation et la finalisation de l’oeuvre par un autre intervenant (lui-aussi artiste). L’ambiguité du langage, des matériaux, l’identité de l’auteur, le respect de l’intention initiale et finalement le statut même de cette néo-production deviennent alors les principaux paramètres susceptibles de faire oeuvre. Ce système de vectorisation entraîne le détachement de l’exposition par rapport à son emplacement d’origine, un décalage tout aussi perceptible dans les projets suivants. En effet, depuis 2010, Renaud Perriches sollicite régulièrement des artistes et curateurs à investir son atelier basé en sous-sol parisien. Ainsi, Moins Un est rapidement devenu un jeu séquentiel entre lieu d’exposition et production artistique à part entière. Invité à présenter ses oeuvres, l’artiste voit ici l’opportunité de renverser ce contexte d’origine tout en flirtant avec l’ubiquité. Pour ce faire, il décide d’installer un dispositif vidéo dans son atelier retransmettant en temps réel le flux d’images obtenu dans l’artist-run-space bellevillois. Cette installation n’est pas sans rappeler Mapping the Studio II, with color shift, flip, flop & flip/flop (fat Chance John Cage) de Bruce Naumann – source d’inspiration majeure de l’exposition inaugurale de Moins Un – sauf que la caméra ne s’attache plus à surveiller l’espace et les mouvements nocturnes potentiels mais enregistre plutôt un accrochage réalisé dans un lieu souterrain provisoirement inaccessible. Renaud Perriches détourne brillamment la réalité physique et l’esthétique underground du « parking lot » pour mettre à jour ce lieu inédit devenu partie intégrante de ses oeuvres. L’exposition apparaît à présent sous une forme nouvellement localisée, dématérialisée puis représentée via un simple signal lumineux. Wolf Cuyvers amplifie lui aussi la volonté de rejouer et déplacer l’exposition en la géolocalisant cette fois sur l’ensemble du territoire de la biennale. À l’occasion de ce dernier opus, le jeune artiste donne à voir dans l’enceinte d’Exo des « mappings personnels » retraçant ses déambulations passées et incite le visiteur à parcourir les mêmes itinéraires que lui, afin d’observer les différentes impulsions poétiques nées de l’étude de l’architecture, du mobilier urbain et de la collecte de mots abandonnés dans l’espace public. Il compose par l’étude de cette langue fragmentaire des poèmes prosaïques qu’il reporte à la chaux sur les façades, les toits, les panneaux publicitaires laissés vacants de manière à « écrire sur la ville avec ces propres mots »3. Wolf Cuyvers convie ensuite le spectateur de la biennale à vivre ce nomadisme muni de cartes facsimilées, à découvrir ses interventions temporaires et à expérimenter personnellement cette décontextualisation en composant à travers ces futures rêveries et promenades (solitaires), sa propre exposition hors les murs.
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1 1. L’artiste peut construire l’oeuvre, 2. L’oeuvre peut être fabriquée, 3. L’oeuvre peut ne pas être réalisée. Chacune de ces possibilités étant égales et coïncidant avec la volonté de l’artiste, le choix de l’une ou de l’autre de ces situations incombe au récepteur au moment de la réception. Lawrence Weiner, Statements, 1968, publié par The Louis Kellner Foundation et Seth Siegelaub.
2 Do It : TheCompendium a été imaginé lors d’une conversation privée entre Christian Boltanski, Hans Ulrich Obrist et Bertrand Lavier sur la terrasse du Select à Paris. Ce dernier a sans doute largement contribué à cet échange puisqu’il s’intéresse aux enjeux de la traduction depuis de nombreuses années et notamment via Polished (1976). Une oeuvre qui traite déjà de l’interprétation d’un énoncé et de sa potentielle déformation au travers des multiples traductions effectuées sur demande de l’artiste. Le projet a donné lieu à de multiples expositions, publications et même un site internet : http://www.e-‐flux.com/projects/do_it/homepage/do_it_home.html, qui regroupe aujourd’hui un ensemble significatif de notices d’oeuvres spécialement pensées pour être reproductibles à l’infini par autrui.
3 Propos de l’artiste, extrait du dossier de presse.

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Replay !

This could be the leading word for the 3 propositions we have here being develloped at EXO for the upcoming Biennale of Belleville. Replaying the exhibition through different procedures of relocation, each one of them suggests a personal answer to the theme of this new edition : the Apache track or walking as an urban experience both aesthetic and artistic. During our 1st issue entitled Whats on ur mind, the authors position themselves in line with their conceptual master : Lawrence Weiner. The question being about reception, the authors will add a 4th condition to the original statement1 : giving to a 3rd party the achievement of the artwork. As such, Benoit Ménard and Tristan léonard invited artists to provide them through epistolary conversations the necessary instructions for the production of parts. These operationnal informations, true contextual processes, are therefore applied so it shapes the exhibition. Though this initiative is inherited from the project Do It : The Conpendium2, the difference resides in the way it analyzes more modes of communication, visual literacy, lack of control during the production and completion of the work by another operator (himself being an artist). The ambiguity of language, materials, the identity of the author, respect for the original intention and, ultimately, the statute itself of this neo-production, then become the main parameters likely to work. This system of vectorization drives the exhibition to an estrangement from its original site, which could be noticeable in the former projects. Since 2010 , Renaud Perriches has indeed been asking regularly some artists and curators to invest, on a regular basis, his studio located in a parisian basement. As a consequence, « Minus One » has quickly become a sequential game between the site of the exhibition and the site of artistic production. The artist, being invited to show his work, sees an opportunity to invert the original context so he can flirt with ubiquity. To do this, he has decided to install in his studio a video device relaying in real time the image stream obtained in the « artist-run-space » in Belleville. This installation reminds us of course of Mapping the studio II, with color shift, flip, flop & flip/flop (fat Chance John Cage) by Bruce Naumann – the main influence for the inaugural exhibition at MoinsUn - except that the camera, more than monitoring potential nocturnal movements through space, focuses on recording a hanging produced in an unattainable underground site. Renaud Perriche brillantly deflects both physical reality an underground esthetics of the parking lot, to bring out this novel place, becoming as a result part of his works. The exhibition appears then in a relocated and dematerialized form, soon being represented by means of a light signal. Cuyvers amplifies also the will of replaying and dislodging the exhibition, this time geolocating it on the whole territory of the biennale. For this last opus, the young artist shows us in Exo’s enclosure some « personnal mappings » tracing his past wanderings, encouraging the visitor to perambulate as he did, so he can be able to observe the poetic impulsions, arising from the study of architecture, street furniture, and the collecting of words, cast off in public space. Through the study of this partial language, he composes prosaic poems that he carries over with slaked lime on frontages, rooves and vacant billboards, so he can « write on the city with his own words »3. Wolf Cuyvers thereafter invites the spectator, provided with facsimile cards, to discover his temporary interventions, and personally experiment beyond the walls, this decontextualisation, recomposing through its own reveries and solitary promenades, his own exhibition.

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1 1. The artist can build the work, 2. The work can be built, 3. The work might not be achieved. Each of these possibilities, being equal and coinciding with the will of the artist, choosing one or another situation relies on the reciever’s decision. Lawrence Weiner, Statements, 1968, published by The Louis Kellner Foundation and Seth Siegelaub.
2 Do It : The Compendium was originally imagined during a private conversation between Christian Boltanski, Hans Ulrich Obrist and Bertrand Lavier on the Select’s Terrace. This latter one has undoubtedly contributed in first place to this exchange, since he had been interested for years by the problems of translation, especially via Polished (1976), which was already dealing with the interpretation of a statement, and its possible misinterpretations through multiple translations carried out on the artist’s demand. The project resulted in several exhibitions, publications and eventually a website : http://www.e-flux.com/projects/do_it/homepage/do_it_home.html, containing a significant body of instruction for works, custom built for ad finitum reproduction by others.
3 Word of the artist, taken from his press kit.