Blue Monday

Laëtitia Badaut-Haussmann, Emilie Ding, David Malek, Christian Mayer
Moins Un, Paris, 2013
Courtesy the artists. Photo © Eric Tabuchi.
This exhibition has been supported by Mairie du 11è arrondissement, Paris, Goethe Institute, Paris.




Blue Monday est un morceau de sept minutes trente signé par New Order [1]. Ce titre emblématique des eighties pourrait être la bande son de cette exposition réunissant quatre artistes né(e)s dans les années 70-80. C’est également un voyage retro-temporel en référence aux blue, green et autres screens utilisés comme effets spéciaux pour intégrer une partie d'image dans une autre. Des fonds colorés remplacés par système d’incrustation permettent d’associer diverses représentations sur le même plan. Plusieurs ou parfois une seule - en apparence - tel est le cas dans Colors. Que reste-t-il d’un des premiers longs métrages d’animation de Walt Disney si l’on conserve uniquement sa palette chromatique et sa durée ? C'est la question que pose Laëtitia Badaut Haussmann en transformant ce conte féerique en suite de monochromes sans promesse. Peut-être pas tant que cela, car ces filtres technicolors en image-mouvement deviennent le support parfait pour insérer nos propres images mentales. Le même mécanisme de projection se retrouve dans les Dye Transfer. Il s’agit de tirages tri-chromiques dont la propriété est de diviser l’image en filtres Cyan, Magenta et Jaune. Bien qu’il soit aujourd’hui devenu obsolète, ce procédé reste cependant le plus efficace et durable de tous les systèmes de reproduction photographique. Silène [2] dont le titre provient d’une graine découverte par des scientifiques russes, engage une réflexion sur la pérennité de cette méthode de colorisation et de pigmentation. En appliquant seulement deux des trois nuances, Christian Mayer invite le spectateur à projeter lui-même la part manquante de l’image, créant par la même occasion une rupture dans la polychromie du travail qui permet à la couleur de se déplacer vers l’écran. Et notamment à travers Primitive II d’Emilie Ding, cette sculpture - s’inspire de la croix de Saint André utilisée par les architectes pour renforcer leurs constructions -. Un motif obtenu par le croisement des diagonales issues d’un rectangle et dont l’empreinte recouvre le mur en vue de simuler un écran de projection. Aussi, nous pourrions aisément imaginer ce wall-painting à beaucoup plus grande échelle se rapprochant ainsi des matte-paintings exploités par l’industrie cinématographique pour créer l’apparence d’un paysage à perte de vue. Plus archaïque que les écrans d’incrustation mais cependant très économique, cette technique fût utilisée lors de la réalisation de films et particulièrement ceux de science-fiction, car elle permettait, elle aussi, de déployer indéfiniment l’arrière-plan de l’image. Ce processus n’est pas sans rappeler la série des Perspective Grids. Qu’elles soient blue, green… dotées de point de fuite(s) unique ou multiple, les grilles en expansion de David Malek subdivisent l’image en plans successifs. Si bien que ces suites géométriques à l’atmosphère Sci-Fi dessinent un axe Futur/Passé par l’application de la perspective classique s’avérant davantage chromatique à l’esthétique de certains films d’anticipation. La référence au film Tron [3] est ici nettement identifiable ; son modèle de jeu vidéographique ne flirtait-il déjà pas avec la perspective.
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1. Blue Monday est un single de New Order paru le 7 mars 1983 chez Factory Records.
2. Le titre de la série provient d’une plante âgée de 30000 ans et dont les graines ont été retrouvées dans le pergélisol sibérien. Ces graines cryogénisées puis analysées par des scientifiques russes ont donné vie à des plantes similaires à celles de notre ère. 
3. Tron est un film réalisé par Steven Lisberger et produit en 1982 par Walt Disney Pictures.

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Blue Monday is a 7:30 minute track by New Order [1]. This song is emblematic of the eighties and could be the soundtrack of this exhibition, which brings together four artists, born in the 70s and 80s. It is also a retro-temporal journey, a reference to blue, green and other screens used as special effects in order to integrate part of an image into another. These colored backgrounds, replaced by a compositing system, make it possible to combine several representations on a single plan. Several or sometimes just one – or so it seems – as in Colors. What is left of one of the first Disney animated feature films if one only retains its color palette and its length? This is the question raised by Laëtitia Badaut Haussmann, who turns this fairy tale into a sterile series of monochromes. Maybe not so sterile, because these Technicolor filters in “image-mouvement” become the perfect medium for us to project our own mental images. A similar projection mechanism is to be found in the Dye Transfer. These three-color prints have the property to divide an image into cyan, magenta and yellow filters. Although it has become obsolete today, this process remains the most efficient and lasting of all photographic reproduction systems. Silène [2], which title comes from a seed discovered by Russian scientists, starts a reflection on the durability of this colorization and pigmentation method. By applying only two of the three shades, Christian Mayer invites the spectator himself to project the missing part of the image, thus creating a rupture in the polychromy of the work that allows color to move towards the screen. And in particular through Emilie Ding's Primitive II, this sculpture – is a reference to the saltire used by architects in order to strengthen their constructions. This pattern is obtained by crossing the diagonals of a rectangle. Its print covers the wall, concealing a projection screen. We could therefore easily imagine such a wall painting on a much larger scale, like the matte paintings used by the cinematographic industry in order to create the illusion of a seemingly endless landscape. This technique is older than Chroma key, but very economical. It was used in film directing, especially in science fiction, because it allowed to endlessly display the image background. This process reminds us of the Perspective Grids series. Blue, green… with unique or multiple vanishing points, David Malek's expanding grids subdivide the image into successive shots. These geometric rows, with their Sci-Fi atmosphere, define a past/future axis by applying a classical perspective, actually more chromatic, to the esthetics of certain science fiction movies. The link to the film Tron [3] is clearly identifiable; which type of video game already flirted, after all, with perspective.

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1. Blue Monday is a single by New Order, released March 7, 1983 by Factory Records.
2. The title of the series comes from a 30 000 year old plant which seeds where found in the Siberian permafrost. These cryogenized seeds where analyzed by Russian scientists: the plants they created were similar to those from our time. 
3. Tron is a film directed by Steven Lisberger and produced in 1982 by Walt Disney Pictures.

Translated by Gwenaëlle Buchet